• 12 mai 2023
  • Philippines
  • Communiqué de presse

L’acquittement de Leila de Lima représente une avancée qui n’a que trop tardé en direction de la justice

Réagissant aux informations indiquant qu’un tribunal philippin a abandonné les poursuites pour l’une des deux affaires liées au trafic de drogue mettant en cause l’ancienne sénatrice Leila de Lima, Montse Ferrer, directrice régionale adjointe par intérim pour la recherche à Amnistie internationale, a déclaré :

« L’acquittement partiel de la prisonnière d’opinion et défenseure des droits humains Leila de Lima n’a que trop tardé. Elle intervient après plusieurs années de détention arbitraire et d’autres violations des droits humains subies par l’ancienne sénatrice.

« Nous demandons aux autorités d’abandonner également les poursuites dans l’autre affaire de trafic de drogue, et de veiller à ce que sa demande de libération provisoire dans cette affaire soit traitée rapidement et équitablement. Les autorités ne doivent pas retarder davantage encore sa remise en liberté, et elles doivent lui permettre de retrouver enfin sa famille, ses ami·e·s et ses sympathisant·e·s, après six longues années derrière les barreaux.  

« Depuis son arrestation arbitraire en 2017, Amnistie internationale et de nombreuses autres organisations de la société civile affirment que les charges retenues contre Leila de Lima sont forgées de toutes pièces et qu’elles résultent du fait qu’elle a exercé pacifiquement son droit à la liberté d’expression. Elle n’aurait jamais dû passer un seul jour en détention, et il est à présent grand temps qu’elle reçoive réparation de façon adéquate pour les violations des droits humains qu’elle a subies.  

« Le gouvernement de Ferdinand Marcos Jr. doit garantir la libération de Leila de Lima et faire le nécessaire pour que les responsables de sa détention arbitraire rendent des comptes, car cette détention arbitraire a violé ses droits à la liberté, à la présomption d’innocence et à d’autres garanties de l’équité des procès. »  

 

Complément d’information

Un tribunal de Muntinlupa a acquitté le 12 mai la prisonnière d’opinion et ancienne sénatrice Leila de Lima dans l’une des deux affaires liées au trafic de drogue la mettant en cause. En ce qui concerne l’autre affaire, qui est toujours en cours, un autre tribunal de Muntinlupa a reporté sa décision concernant la demande de libération sous caution de Leila de Lima. Afin qu’elle puisse être remise en liberté, il est nécessaire que sa demande de libération sous caution concernant la seconde affaire soit acceptée. On ignore quand le tribunal rendra sa décision.

Leila de Lima est détenue au siège de la police nationale des Philippines depuis son arrestation, le 24 février 2017, pour des accusations liées au trafic de drogue. La militante des droits humains et ancienne sénatrice Leila de Lima est l’une des personnes qui ont dénoncé le plus vigoureusement les violations des droits humains commises sous le gouvernement de l’ancien président Rodrigo Duterte. Depuis son arrestation, Amnistie internationale ainsi que d’autres organisations nationales et internationales ont déclaré à maintes reprises que les charges retenues contre elle étaient dénuées de fondement et que les dépositions des témoins à charge étaient forgées de toutes pièces.

Les autorités philippines ont arrêté Leila de Lima alors qu’elle voulait enquêter sur les violations commises dans le contexte de la « guerre contre la drogue » menée sous le gouvernement de l’ancien président Rodrigo Duterte, qui s’est notamment traduite par l’exécution extrajudiciaire de milliers de personnes soupçonnées d’usage ou de vente de stupéfiants ; Amnesty a déclaré que ces violations pouvaient constituer des crimes contre l’humanité. Tout comme dans l’affaire mettant en cause Leila de Lima, les victimes de ces violences ou leurs proches n’ont presque jamais obtenu justice et le respect de l’obligation de rendre des comptes.

Au cours des six dernières années, la procédure engagée contre Leila de Lima a été marquée par des retards injustifiés, notamment par le fait que les témoins de l’accusation se sont à plusieurs reprises abstenus de se présenter au tribunal et que les juges chargés des affaires ont été remplacés. En 2018, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a statué que la privation de liberté de Leila de Lima était arbitraire, car elle était dénuée de fondement juridique et violait plusieurs normes internationales relatives au droit à un procès équitable.

La détention arbitraire de Leila de Lima s’inscrit dans le contexte de la montée de l’impunité pour les violations des droits humains dans le pays. Ces violations comprennent des homicides, des menaces et des actes de harcèlement visant des militant·e·s politiques, des défenseur·e·s des droits humains, des professionnel·le·s des médias et d’autres catégories de personnes prises pour cible. Des cas de ce type ont également été enregistrés sous le gouvernement de Ferdinand Marcos Jr., notamment avec l’assassinat en octobre 2022 du journaliste Percy Lapid et celui de deux militants en novembre 2022 dans la province du Negros.