• 23 juin 2021
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Léa Stréliski | « Être blanc et parler de racisme »

Article
Par Léa Stréliski
Écrivaine et humoriste

Je suis gênée de parler de racisme parce que je suis blanche. J’essaie d’être de moins en moins gênée. De me dire que l’on peut se lever contre des injustices même celles que l’on ne subit pas. 

Mon malaise vient du fait que j’ai peur de me faire dire de me mêler de mes affaires, puis bien sûr, il est issu de ma couleur de peau. Je suis de la couleur de ceux qui oppressent. Bien des Blancs face à la honte et la culpabilité de ce constat décident de tout simplement se taire. De ne pas faire face à leur malaise et de choisir d’ignorer le problème. C’est ce que je faisais. Je ne me voyais pas militante et je ne voulais pas me faire taxer de parler de ce qui ne me concerne pas. De ne pas savoir de quoi je parle. Alors je ne disais rien. 

Mais en me renseignant sur le racisme ambiant et systémique, que ça soit celui qui règne au Québec ou aux États-Unis, j’ai commencé à comprendre qu’il valait mieux dénoncer. 

« Que de ne pas être raciste dans son coin ne suffisait pas. Qu'il faut parler plus haut et plus fort sinon, d'autres voix moins inclusives ou racistes le feront à ma place. »

— Léa Stréliski

Il ne suffit donc pas de comprendre qu’une couleur de peau ou une origine ne change rien à l’humanité de quelqu’un, il est nécessaire de le répéter et de s’opposer à ce qui nuit à ce constat-là. Bien sûr, j’ai encore peur de paraître hypocrite, et je ne veux pas non plus que ce qui motive mon discours soit essentiellement la culpabilité d’être blanche. Je préfère me rappeler que c’est vraiment dans ce monde-là que je veux vivre et élever mes enfants. 

Comme les combats féministes amènent des progrès concrets dans la qualité de vie personnelle et professionnelle des femmes et que nombreuses d’entre nous ne sommes plus reléguées à notre genre, j’ai bon espoir que notre société majoritairement blanche saura progresser au fur et à mesure que les voix s’élèvent et les consciences s’éveillent. Que l’on pourra un jour passer à autre chose et se faire un monde où l’on peut être différents, mais égaux. Seulement pour ça, il faut avoir le courage de passer outre nos malaises et ne plus se taire. 

Cet article est extrait du Magazine AGIR spécial 60 ans d'Amnistie internationale. Pour en consulter l'intégralité, rendez-vous sur notre boutique !

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