• 5 Aoû 2020
  • International
  • Communiqué de presse

Sept jeunes qui ont eu des idées brillantes pendant la pandémie de COVID-19

Par Sara Vida Coumans, responsable mondiale Jeunes, Amnistie internationale

La pandémie de COVID-19 a durement touché les jeunes : leur éducation est perturbée, leurs emplois sont vulnérables et leur avenir est devenu incertain.
Néanmoins, les jeunes ont également été parmi les personnes les plus actives dans la lutte contre la pandémie et pour les droits humains. Sept jeunes militant·e·s de Malaisie, d’Afghanistan, du Sénégal, de Pologne, d’Australie et du Kirghizistan ont décrit à Amnistie internationale les initiatives remarquables qu’ils et elles ont mis en place ou participent à diriger afin de soutenir les populations locales.

 

DÉFENDRE LES DROITS DES FEMMES

En Pologne, Sandra Grzelaszyk, 20 ans, milite pour les droits des femmes et notamment pour leur droit à l’avortement. La législation polonaise en matière d’avortement comptait déjà parmi les plus strictes d’Europe lorsque, au début de l’année 2020, un texte de loi interdisant l’avortement en cas de malformations graves ou mortelles du fœtus a été présenté au Parlement. Puisque le confinement les a empêchées de manifester dans la rue, Sandra et les autres militantes ont continué leur campagne sur Internet. Elles ont publié des images et des vidéos invitant à faire entendre sa voix en signant la pétition d’Amnistie internationale Pologne qui vise à empêcher l’adoption de ce texte de loi. Plus de 80 000 personnes l’ont d’ores et déjà signée.
« Les responsables politiques utilisent cette pandémie pour s’octroyer davantage de pouvoirs ou pour modifier la législation. Nous étions furieuses que le gouvernement ait pu faire quelque chose comme cela au cours d’une période particulièrement difficile pour tout le monde, sans que la population ait la possibilité de manifester pour faire entendre ses objections. Le choix d’avorter est toujours un choix personnel ; seule la femme concernée peut savoir quelle est la meilleure décision à prendre pour elle-même. Je ne crois pas que le fœtus soit plus important que la vie d’une femme. Nous pouvons avoir des projets différents pour notre vie, tout le monde ne veut pas d’une famille ou d’enfants, et ce n’est pas grave. Je vois des personnes qui tentent de contrôler le corps des femmes, mais les femmes ne sont la propriété de personne. Je suis une femme, et je veux simplement vivre ma vie sans avoir peur et sans être contrôlée simplement à cause de mon genre. »

 

DISTRIBUER DES MASQUES

Au Sénégal, Mamadou Diagne, 25 ans, distribue des masques à des personnes parmi les plus vulnérables à la COVID-19 afin d’essayer de ralentir la propagation du virus. En juillet 2020, lui et les autres bénévoles ont distribué 1 000 masques à des commerçants et commerçantes qui travaillent sur les marchés et doivent donc se couvrir le visage et utiliser du gel hydroalcoolique, conformément aux arrêtés municipaux. Les masques leur ont été donnés par une ancienne militante d’Amnistie internationale qui vit aujourd’hui aux Pays-Bas.
« Les gens sont ravis de recevoir ces masques, car tout le monde n’a pas pu s’en procurer. Les commerçants sont en contact permanent avec d’autres personnes, donc ils sont plus vulnérables. S’ils attrapent le virus, ils risquent de le propager très rapidement. Nous voulons également distribuer des masques aux mendiants et aux talibés (des enfants qui sont obligés de mendier par des maîtres de l’école coranique). Ils constituent une population à risque car, comme les commerçants, ils sont en contact permanent avec d’autres personnes. Il n’est pas facile de lutter contre cette pandémie. Les gens ont peur de ce coronavirus. Si la rumeur se répand que telle ou telle personne a la COVID-19, elle est stigmatisée et couverte de honte. »

 

LUTTER CONTRE LA XÉNOPHOBIE

En Malaisie, Heidy Quah, la fondatrice de 26 ans de l’organisation Refuge for the Refugees, aide des personnes parmi les plus vulnérables de la société. Son ONG permet à des enfants réfugiés d’aller à l’école, mais au cours de la pandémie, Heidy l’a adaptée aux nouveaux besoins des familles réfugiées. Elle distribue des produits de première nécessité comme du riz, des œufs et du lait en poudre aux familles réfugiées qui ont été durement touchées par la « période de contrôle des mouvements », instaurée pour limiter la propagation de la COVID-19.
Heidy dénonce également le traitement des personnes réfugiées par le gouvernement malaisien pendant la crise sanitaire. En prétextant lutter contre la COVID-19, les autorités ont rassemblé des milliers de personnes migrantes sans papiers, y compris des enfants, et les ont placées dans des centres de détention. Heidy a dénoncé sur Facebook les conditions de vie déplorables dans ces centres, et ces publications lui ont valu d’être menacée de mort, harcelée en ligne et interrogée par les forces de police. Néanmoins, elle reste déterminée à faire entendre sa voix. Son droit à la liberté d’expression et celui d’autres militant·e·s comme elle ont été défendus par Amnistie internationale.
« Les arrestations en masse ont entraîné une surpopulation des centres de détention, qui a entraîné elle-même une hausse des cas de COVID-19 dans les centres. Nous avons pu mesurer cette augmentation, qui est grandement favorisée par l’environnement exigu. Nous avons entendu des histoires de bébés nés dans des centres de détention et déclarés positifs à la COVID-19 dès la naissance. Voilà la gravité de la situation. Je suis réellement incapable d’imaginer ce que c’est que de me faire un sang d’encre pour ma sécurité. Ma frustration vient de notre traitement indigne d’autres êtres humains. Doit-on vraiment recourir à cela ? Comment voudrais-je être traitée, si un jour j’étais placée en détention ? Comment est-ce que je voudrais que la population agisse ? Que puis-je faire avec les privilèges dont je dispose ? Il ne s’agit pas d’avoir une grande maison, de belles voitures ou des vacances. Il s’agit d’avoir une voix. Et qu’elle compte. »

 

PERMETTRE AUX ENFANTS D’AVOIR ACCÈS AUX LIVRES

En Afghanistan, Mohib Faizy, un étudiant en technologies de l’information à l’Université américaine d’Afghanistan de 19 ans, permet à des centaines d’enfants d’avoir accès à des livres qui restaient hors de leur portée. Grâce à un logiciel vidéo, Mohib s’est enregistré en train de lire à voix haute des livres pour enfants qui transmettent des messages importants sur l’humanité. Ces vidéos sont ensuite publiées sur la page Facebook de LEARN, une ONG spécialisée dans la dispense d’une éducation de qualité aux enfants afghans. Elles sont également envoyées sur clés USB à des enseignants et à des enfants de tout le pays.
« Mon amie Pashtana Durrani, qui est une militante d’Amnistie internationale, m’a envoyé l’adresse d’un site qui rassemble de nombreux livres pour enfants en pachto et en dari. J’ai sélectionné ceux qui étaient réellement utiles et qui transmettaient des messages positifs aux enfants. Je lis toujours le livre avant de m’enregistrer. Dans de nombreux districts, les enfants n’ont pas accès à l’éducation scolaire. Nous leur créons des écoles. Notre objectif de long terme est de parvenir à distribuer des tablettes sur lesquelles ces livres seraient préenregistrés, afin d’aider les élèves qui en ont besoin et qui ont démontré leur volonté d’apprendre et de recevoir une éducation. J’ai toujours voulu améliorer la société autour de moi, donc c’est une belle occasion pour moi d’aider la population afghane. »

 

UTILISER L’ART POUR SOUTENIR DES VOIX MARGINALISÉES

En Australie, Fin Spalding, 21 ans, est membre du Groupe consultatif Jeunes d’Amnistie internationale Australie et est l’un de ses dirigeant·e·s LGBTI à l’échelle nationale. Il est en train d’élaborer une campagne d’« artivisme » en ligne, qui allie l’art et le militantisme pour soutenir les personnes LGBTI. Cette campagne exposera des œuvres réalisées par des personnes LGBTI sur le thème de la visibilité. Non seulement elle sera un moyen d’expression, mais elle permettra aussi de mettre en lumière les difficultés rencontrées par des personnes mises en danger simplement en raison de ce qu’elles sont. Cette campagne sera lancée en août sur Instagram.
« Il est de notoriété publique que la communauté queer s’exprime à travers l’art, et ensemble, nous avons repoussé les limites de la définition de l’art. Cette campagne porte sur la visibilité pendant la pandémie de COVID-19 et sur la mise en valeur des personnes LGBTI au sein de la société australienne. Cependant, même si la campagne soulignera les discriminations auxquelles la communauté queer doit faire face, elle mettra également en lumière les talents artistiques des personnes LGBTI, comme les artistes transformistes, les spécialistes de mode et les spécialistes du maquillage. »

 

AIDER LES PERSONNES LGBTI CONFINÉES DANS DES LIEUX À RISQUES

Au Kirghizistan, Farkhad Musazov, 24 ans, participe à aider les jeunes LGBTI confiné·e·s dans des lieux à risques, notamment parfois leur propre domicile familial. Avec son organisation Kyrgyz Indigo, Farkhad aide les jeunes LGBTI qui ont besoin de psychologues, de soutiens et d’avocats en laissant leurs coordonnées disponibles en ligne. Kyrgyz Indigo, qui est l’une des organisations partenaires de la campagne annuelle Écrire pour les droits d’Amnistie internationale, fournit également une aide humanitaire et des lieux sûrs dans cinq refuges temporaires destinés aux personnes LGBTI, y compris aux militant·e·s. D’autre part, elle s’est associée avec une autre organisation, Labrys, pour distribuer de la nourriture, des produits d’hygiène personnelle et des équipements de protection (comme des gants et masques chirurgicaux) à des centaines de personnes LGBTI à travers le pays.
« De nombreuses personnes LGBT+ qui ont perdu leur emploi et leurs revenus à cause de la pandémie ont dû retourner vivre dans leur famille. Cependant, elles ont du mal à y faire entendre leur voix. Leurs familles veulent contrôler leur comportement, leurs discours. En outre, les générations précédentes sont majoritairement très conservatrices et religieuses, ce qui signifie que les personnes LGBT+ peuvent rencontrer beaucoup de tension et d’hostilité à la maison. Nombre d’entre elles subissent des violences domestiques de la part de leur famille, et elles n’ont nulle part où aller. »

 

NE LAISSER PERSONNE DE CÔTÉ

En tant que réfugié syrien, Hasan Al Akraa, un étudiant de 20 ans, comprend mieux que personne les difficultés rencontrées par les personnes réfugiées. En temps normal, elles peuvent déjà avoir du mal à mettre de la nourriture sur la table et à garder un toit au-dessus de leur tête, mais la COVID-19 a rendu leur vie encore plus précaire. Hasan a récemment pris contact avec Amnistie internationale pour partager son vécu en tant que l’un des nombreux militants et militantes Jeunes qui soutiennent les personnes migrantes et réfugiées. Par le biais de son réseau de bénévoles Al Hasan, il envoie des colis alimentaires aux familles réfugiées en Malaisie, où il habite désormais. Il organise également un financement participatif destiné aux frais d’hôpital et au loyer des personnes réfugiées en difficulté, et notamment aux mères célibataires, aux orphelin·e·s, aux personnes malades et aux familles qui comptent six ou sept bouches à nourrir. Il a réalisé cela parce qu’il était incapable d’ignorer les souffrances autour de lui.
« Pendant la période de contrôle des mouvements (MCO), tout le monde était en difficulté, pas seulement les personnes réfugiées. Les Malaisien·ne·s aussi. Mais nous devons comprendre que pour les personnes qui étaient déjà en difficulté avant le MCO, la situation est encore pire. Nous ne pouvons pas les oublier. Parmi ces personnes, il y a les réfugié·e·s, les familles à faibles revenus et les familles qui bénéficient du plan de logement public (People’s Housing Project). Nous ne voulons pas que des familles vivent dans la rue. Nous ne voulons pas que des enfants vivent dans la rue, nous ne voulons pas que quelqu’un soit sur le point d’accoucher à l’hôpital mais se voie refuser une chambre, nous ne voulons pas que des gens meurent ou que leur santé se dégrade si nous n’intervenons pas. Nous ne voulons absolument pas que des personnes se couchent avec la faim au ventre, jamais. Pour nous, il est très important d’aider autrui. Et nous aiderons toutes les personnes qui se présenteront à nous. »