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Communiqué 
international
Égypte

Escalade de la répression contre les LGBTI : nouvelle vague d’arrestations et examens rectaux

Les autorités égyptiennes ont arrêté 22 personnes rien qu’entre le 29 septembre et le 1er octobre, ce qui montre qu’elles intensifient leur campagne de persécution visant les lesbiennes, les gays et les personnes bisexuelles, transgenres et intersexuées (LGBTI) qui a débuté après qu’un drapeau arc-en-ciel a été déployé lors d’un concert de Mashrou’ Leila au Caire, soulevant un tollé dans l’opinion publique, a déclaré Amnistie internationale lundi 2 octobre.

Cela porte à 33 le nombre de personnes – 32 hommes et une femme – qui ont été arrêtées en raison de leur orientation sexuelle supposée depuis que le procureur a annoncé l’ouverture d’une enquête sur l’« incident » du drapeau, le 25 septembre. Les services de médecine légale ont procédé à des examens rectaux sur au moins cinq personnes.

« En quelques jours, les forces de sécurité égyptiennes ont interpellé des dizaines de personnes et réalisé cinq examens rectaux, ce qui indique une brusque escalade des persécutions et des manœuvres d’intimidation auxquelles les autorités se livrent à l’encontre de la communauté LGBTI depuis l’incident du drapeau, a déclaré Najia Bounaim, directrice des campagnes pour l’Afrique du Nord à Amnistie internationale.

« Les examens rectaux forcés s’apparentent à des actes de torture, ils n’ont aucun fondement scientifique et ne peuvent se justifier sous aucun prétexte.

« L’ampleur de la dernière vague d’arrestations atteste que l’homophobie est dangereusement ancrée dans le pays. Plutôt que de multiplier les arrestations et de procéder à des examens rectaux, il faut que les autorités mettent fin de toute urgence à cette répression impitoyable et libèrent immédiatement et sans condition toutes les personnes arrêtées. »

Les 33 personnes détenues risquent d’être interrogées par le procureur et jugées de manière très expéditive.

Selon l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne, aux moins 10 hommes ont été arrêtés entre le 28 et le 30 septembre et jugés le 1er octobre, aux côtés de six autres arrêtés plus tôt dans la semaine. La décision est attendue pour le 29 octobre.

Le 1er octobre, un homme a été interpellé dans le port méditerranéen de Damietta à la suite de l’incident du drapeau. Six personnes ont été arrêtées au Caire au cours des dernières 48 heures pour avoir encouragé la « pratique habituelle de la débauche » par l’intermédiaire d’applications mobiles de rendez-vous sentimentaux et quatre interpellations ont eu lieu dans un appartement de Guizeh sur la même période.

En outre, les autorités ont incarcéré une femme soupçonnée d’avoir brandi le drapeau au concert. Elles l’ont inculpée de « promotion des déviances sexuelles » et « pratique habituelle de la débauche ». C’est la première fois depuis des années qu’une femme est mise en cause dans une affaire de ce type.

« Le fait que les autorités égyptiennes aient décidé de mener une enquête criminelle sur l’incident du drapeau arc-en-ciel est absurde. Personne ne devrait être puni pour avoir exprimé sa solidarité envers les LGBTI ou en raison de son orientation sexuelle supposée, a déclaré Najia Bounaim.

« Il s’agit de la pire répression fondée sur l’orientation sexuelle depuis l’arrestation de 52 personnes à la suite d’une descente au Queen Boat, une boîte de nuit flottante sur le Nil, en 2001. »

Amnistie internationale appelle les autorités à libérer immédiatement et sans condition les 33 personnes arrêtées et à renoncer à toute idée de poursuivre les examens rectaux. Ces examens bafouent l’interdiction, inscrite dans le droit international, de la torture et des autres formes de mauvais traitements.

Complément d’information

Le 23 septembre, au lendemain du concert donné par Mashrou’ Leila au Caire, un jeune homme de 19 ans a été arrêté pour « débauche ». Il a été condamné la semaine suivante à une peine de six ans d’emprisonnement, suivie d’une mise à l’épreuve de la même durée.

Deux autres hommes arrêtés la même semaine et actuellement détenus au poste de police d’Agouza, au Caire, doivent passer en jugement le 11 octobre. Deux autres hommes encore, arrêtés le 28 septembre, sont détenus au poste de police de Dokki, au Caire.

Mis à jour le mardi, 10 octobre 2017