• 4 juil 2021
  • Autriche
  • Communiqué de presse

Autriche | Les aides à domicile migrantes réclament des droits

  • Amnistie internationale constate que la pandémie de la COVID-19 a aggravé des conditions de travail déjà précaires 
  • Des porte-parole sont disponibles   

De nouvelles recherches menées par Amnistie internationale révèlent que les aides à domicile migrantes en Autriche sont exploitées au travail : singulièrement sous-payées, elles sont victimes de discriminations et font des journées de travail interminables, ce qui pousse un certain nombre d’entre elles au bord de l’effondrement. La vaste majorité des personnes qui travaillent comme aides à domicile pour les personnes âgées sont des étrangères venues d’Europe centrale et de l’Est, qui sont souvent soumises à de multiples formes de discrimination et d’abus. Elles ont déclaré à Amnistie internationale que les bas salaires, l’absence de congés maladie et les congés insuffisants étaient déjà leur lot quotidien avant la pandémie, mais que la pandémie de la COVID-19 a rendu les conditions de travail insupportables.

« Le travail de services à la personne à domicile est très fatigant d’un point de vue émotionnel et physique en période favorable, mais durant la pandémie, de nombreuses travailleuses migrantes ont enchaîné les longues heures de travail et les roulements pendant des mois d’affilée. En outre, elles remplissent ce rôle essentiel pour un salaire inférieur au salaire minimum garanti en Autriche, a déclaré Marco Perolini, chercheur sur l’Europe de l’Ouest à Amnistie internationale.

« Les travailleuses migrantes sont actuellement sous-payées et sous-protégées. Nous demandons aux autorités autrichiennes d’assumer leurs obligations en termes de droits humains et de garantir des conditions de travail équitables et sûres à toutes les aides à domicile et de veiller à ce que les droits des migrantes bénéficient d'une protection égale. »

La population autrichienne est vieillissante – plus de 25 % des habitant·e·s auront plus de 65 ans d’ici 2040 – et cela va de pair avec un besoin croissant en personnel soignant. Outre ceux qui travaillent en maison de retraite, les aidants familiaux et les professionnels de santé, environ 60 000 personnes en Autriche dispensent des soins à domicile aux personnes âgées. 92 % de ces personnes sont des femmes et 98 % sont des étrangères, originaires pour la plupart de Roumanie et de Slovaquie.

Le rôle vital des personnes dispensant des soins à domicile n’est pas valorisé d’un point de vue économique, social ni politique. En Autriche, le salaire des femmes est généralement inférieur de près de 20 % à celui des hommes. Les travailleurs migrants sont payés 25 % de moins que les Autrichiens, et les migrantes sont payées 26,8 % de moins que les travailleuses non migrantes. Celles qui s’occupent de personnes âgées sont souvent rémunérées en-dessous du salaire minimum. Par exemple, les auxiliaires de vie slovaques en Autriche perçoivent en moyenne 10 080 euros par an, alors que le salaire minimum pour les auxiliaires de vie salariées en Autriche s’élève à 17 484 euros par an. La juste rémunération des aides à domicile est une préoccupation dans toute la région. La semaine dernière, le tribunal fédéral du travail allemand a statué dans une décision qui fera date que les aides à domicile en Allemagne, la plupart étant des travailleuses migrantes venues d’Europe centrale et de l’Est, devaient percevoir le salaire minimum. Au Royaume-Uni, 58 % des aides à domicile sont payées en-dessous du salaire minimum réel.

Les employées de services à domicile en Autriche travaillent souvent par rotations de deux ou quatre semaines, et la plupart des migrantes rentrent dans leur pays d’origine pendant leur période de repos. Ainsi, durant la pandémie de la COVID-19, les restrictions sur les voyages à l’étranger ont eu un impact particulièrement négatif sur ces travailleuses, car elles ont souvent été contraintes de prolonger leurs rotations de travail en Autriche. Les mesures liées à la pandémie de la  COVID-19 limitant également les visites des familles et des amis des personnes dont elles s’occupaient, beaucoup ont dû travailler de très longues heures, souvent pendant des semaines d’affilée, et rester de garde 24 heures sur 24. La plupart n’ont pas de protections contre les journées de travail interminables, car elles sont à leur compte. Du fait de ces heures excessives, beaucoup ont connu stress et burn-out. 

Eszther, venue de Roumanie, a déclaré :

« J’aurais dû rentrer chez moi le 21 mars [2020]. Mais je n’ai eu d’autre choix que de rester. C’était très éprouvant car je n’avais jamais de congés. Et ces pauses sont cruciales ! Je sortais de la maison de mon client la nuit pour prendre l’air. J’ai travaillé trois mois et demi d’affilée pendant le confinement. J’avais aussi des problèmes avec mon agence à l’époque. Ils ne m’appelaient jamais et ont diminué mes revenus. Alors j’ai craqué et j’ai dû consulter un médecin. »

Les autorités autrichiennes ont bien mis en place des mécanismes d’aide en lien avec la pandémie de la COVID-19 pour les aides à domicile, mais ils n’ont pas toujours été rendus accessibles aux travailleuses étrangères en raison de certains critères d’éligibilité, notamment l’obligation d’avoir un compte bancaire autrichien – ce qui n’est pas le cas de la plupart d’entre elles.

Dans de nombreux cas, les aides à domicile sont classées à tort dans la catégorie des travailleurs indépendants. Elles ont peu d’autonomie pour négocier leur rémunération et leurs horaires parce qu’en tant qu’employées domestiques, elles travaillent sous la supervision des personnes âgées dont elles s’occupent et/ou de leurs familles. En outre, les agences de placement servent d’intermédiaires entre elles et leurs clients, jouant souvent un rôle clé pour fixer les missions et la rémunération, sans que les travailleuses ne puissent discuter ni négocier.

Leur situation est aggravée par le fait que seules les aides à domicile employées bénéficient du salaire minimum, d’une protection liée aux heures de travail et de congés maladie. Pour les 98 % d’aides à domicile qui sont à leur compte, aucun de ces droits fondamentaux n’est garanti.

« Nous ne souhaitons pas être à notre compte. Les employés ont plus de droits. En étant à votre compte, vous n’avez aucun droit, que des obligations. Pas de congés payés, pas d’indemnités chômage. Nous voulons pouvoir nous tourner vers un organisme lorsque nous avons des problèmes », a expliqué Dora, originaire de Roumanie.

La situation des aides à domicile en Autriche illustre clairement le fait que le travail précaire a un impact disproportionné sur les travailleuses migrantes. À travers l’Europe, les femmes, les jeunes, les migrants et les membres de minorités ethniques et religieuses se retrouvent plus souvent confrontés à des contrats de travail à temps partiel, à court terme et précaires, sans accès adéquat aux congés maladie, aux congés maternité, aux congés payés et autres avantages.

« En Europe, de plus en plus de gens travaillent dans des conditions précaires, notamment dans le secteur de la santé. Chacun·e a le droit de se sentir en sécurité au travail et d’être rémunéré équitablement. Nous sommes solidaires des migrantes qui travaillent comme aides à domicile et demandons aux autorités autrichiennes d’étendre les protections en matière de salaire minimum et d’heures de travail à toutes les aides à domicile, de renforcer les inspections et d’offrir conseil et recours contre la discrimination et les abus au travail », a déclaré Marco Perolini.