QUE SE PASSE-T-IL EXACTEMENT DANS LE NORD-KIVU ?
Un groupe d’opposition armée, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), a lancé fin octobre une vaste offensive contre les positions des forces gouvernementales dans la province du Nord-Kivu. En l'espace de quelques jours, ces dernières ont été mises en déroute sur la quasi totalité du territoire de la province. Le CNDP a notamment pris une ville importante, Rutshuru, et a atteint les faubourgs de Goma, la capitale provinciale, l'une des principales agglomérations de la République démocratique du Congo.
Le 29 octobre, alors que ses forces se trouvaient à une quinzaine de kilomètres de Goma, le CNDP a déclaré un cessez-le-feu unilatéral. Le gouvernement et les divers groupes armés qui lui sont favorables n’ont pas, de leur côté, annoncé de mesure similaire.
Les combats entre le CNDP et les forces progouvernementales ont continué sur un certain nombre de fronts, la situation à Goma restant cependant stable. La force de maintien de la paix de l’ONU – la Mission de l'Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUC) – assure actuellement, de fait, le contrôle militaire de Goma et s’est engagée à défendre la ville contre toute attaque extérieure. Les affrontements menacent de s‘étendre.
Plusieurs mois après la conclusion d'un accord de paix visant à mettre un terme au conflit dans la province du Nord-Kivu, des civils continuent d'être enlevés, torturés, violés ou tués par des groupes armés et des soldats des forces gouvernementales. Amnistie internationale a recueilli des éléments qui démontrent que des groupes armés continuent de commettre des crimes, notamment des homicides illégaux, des viols, des actes de torture et des recrutements d'enfants soldats. Des membres de l'armée ont également détenu en toute illégalité et maltraité des enfants, et des femmes, des filles et des fillettes qui se trouvent entre leurs mains subissent toujours des violences sexuelles.
Dans le Nord-Kivu, les femmes et les jeunes filles ainsi que, dans un plus petit nombre de cas, des hommes et des jeunes garçons continuent d’être victimes de viols et d’agressions sexuelles commis par des membres de groupes armés et de forces de sécurité. De très jeunes enfants et des femmes âgées sont au nombre des victimes ; beaucoup ont subi des viols collectifs ou ont été violés plusieurs fois. Des viols sont commis en public en présence des proches des victimes, dont des enfants. Des femmes ont été enlevées et retenues pour servir d’esclaves sexuelles. Dans bien des cas, les viols et les agressions sexuelles ont, semble-t-il, une dimension ethnique et/ou visent à terroriser et à démoraliser des communautés soupçonnées de soutenir des groupes rivaux.
POURQUOI CE CONFLIT ?
Tant au plan national qu'international, différents acteurs ont été dans l’incapacité de traiter les causes profondes du conflit. Parmi ces causes, la question du contrôle des ressources naturelles du Nord-Kivu est centrale.
La plupart des richesses minérales de la province se trouvent sur le territoire de Walikale, une zone située à l’ouest de la région et jusqu'à présent épargnée par les combats. Une partie au moins des minéraux qui y sont extraits transite par Goma, avant d’être acheminée au Rwanda. Le secteur minier du territoire de Walikale échappe de fait à l'autorité de l'État et de nombreuses mines sont contrôlées sur le terrain par des troupes de l'armée régulière plus ou moins autonomes ou par des groupes armés, et notamment par les FDLR. La plus grande opacité règne quant aux intérêts économiques qui se cachent derrière ces mines, mais on dit que des personnalités importantes, proches des milieux gouvernementaux, ainsi que des hommes d'affaires tutsis congolais en feraient partie. Ces derniers financeraient, selon certaines rumeurs, le mouvement de rébellion de Laurent Nkunda.
Le gouvernement de la RDC a signé début 2008 un contrat d’une valeur de plusieurs milliards d'euros avec un groupe de sociétés chinoises, auxquelles il concédait d’importants droits d'exploitation minière sur le territoire national, en échange d'investissements dans divers projets d'infrastructures. À peu près au même moment, le gouvernement a cherché à renforcer son contrôle sur les mines de Walikale. Ces initiatives ont vivement inquiété les milieux qui profitaient de l'économie déréglementée qui s'était construite autour des gisements de Walikale. Elles pourraient ainsi constituer l’une des raisons principales du déclenchement des hostilités.
QUI SONT LES PRINCIPAUX ACTEURS DE LA CRISE ? Le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) est un groupe armé et une organisation politico-militaire dirigée par le général tutsi dissident Laurent Nkunda. On estime que ce mouvement dispose de 4 000 à 6 000 combattants. Laurent Nkunda affirme lutter pour protéger la communauté tutsi des attaques des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), un autre groupe armé, composé de Hutus rwandais ayant fui leur pays au lendemain du génocide de 1994. La communauté tutsi de l’est de la République démocratique du Congo est ethniquement, culturellement, politiquement et commercialement très liée au Rwanda voisin et, dans une moindre mesure, à l'Ouganda. Selon certaines informations, un nombre indéterminé de combattants du CNDP seraient originaires de ces deux pays.
Au moment de rédiger la campagne, Laurent Nkunda était encore en poste comme général du CNDP. Il a été arrêté le 22 janvier et il est détenu depuis dans un lieu gardé secret au Rwanda. Laurent Nkunda a été remplacé par Bosco Ntaganda, comme nouveau dirigeant du CNDP et ancien chef d’état-major de Laurent Nkunda. Il semble à présent jouir de la pleine confiance des gouvernements de RDC et du Rwanda. Bosco Ntaganda fait l’objet d’un mandat d’arrêt par la Cour pénale internationale. Voir le communiqué d’Amnistie du 28 janvier 2009
Les Forces Armées de la République du Congo (FARDC) constituent l’armée régulière. Leurs effectifs sont estimés à quelque 20 000 hommes, mais elles sont actuellement très désorganisées. Peu disciplinées, elles se sont rendues responsables de nombreuses violations des droits humains.
Les Maï Maï sont des milices favorables au gouvernement, regroupées pour la plupart au sein d'une coalition politico-militaire connue sous le nom de Patriotes résistants congolais (PARECO). En l'absence des FARDC, ces milices constituent aujourd'hui la principale force de lutte armée contre le CNDP.
Les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) comptent plusieurs milliers de combattants, essentiellement des insurgés hutus originaires du Rwanda et installés dans l'est de la République démocratique du Congo depuis le génocide rwandais de 1994. Elles comprennent notamment d'anciens membres des milices interahamwe et de l’ex-armée rwandaise (ex-FAR), responsables des massacres perpétrés à l'époque au Rwanda.
Toutes ces forces commettent de graves atteintes aux droits humains en République démocratique du Congo. Voir à ce sujet le rapport publié en septembre 2008 par Amnistie internationale sous le titre : République démocratique du Congo. Nord Kivu. Une guerre sans fin pour les femmes et les enfants (index AI : AFR 62/005/2008).
La MONUC dispose d’environ 17 000 casques bleus, qui sont déployés à plus de 90 p. cent dans l'est du pays. La brigade du Nord-Kivu compte actuellement entre 5 000 et 6000 hommes, stationnés dans 34 localités. Environ 1 500 d'entre eux se trouvent à l’heure actuelle à Goma. Elle a un mandat clair, qui lui donne pour mission de protéger les civils et le personnel humanitaire sous la menace imminente de violences physiques en utilisant « tous les moyens nécessaires », y compris la force armée. Elle est notamment chargée, aux termes de la résolution 1756 du Conseil de sécurité de l’ONU, de « dissuader toute tentative de recours à la force qui menacerait le processus politique de la part de tout groupe armé, étranger ou congolais, en particulier dans l’est de la République démocratique du Congo, y compris en utilisant des tactiques d’encerclement et de recherche pour prévenir les attaques contre les civils et perturber les capacités militaires des groupes armés illégaux qui continuent à faire usage de la violence dans ces régions ».
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| L'attention particulière dont fait actuellement l'objet l'est de la RDC de la part de la communauté internationale doit se
traduire par des actions visant à résoudre les problèmes qui sont à l'origine de la crise et qui sont évidents depuis au moins dix ans. Aucun effort diplomatique concerté n’a été mené pour tenter de répondre aux questions qui ont alimenté les conflits, entre 1996 et 2003, ce qui fait du Nord-Kivu et, dans une moindre mesure, du Sud-Kivu et de l’Ituri, de
véritables bombes à retardement.
La faute en incombe en grande partie au gouvernement de la RDC, qui n'a pas mené à bien la réforme profonde dont le secteur minier, la justice et les forces de sécurité du pays ont tant besoin. Mais les donateurs internationaux, en n'insistant pas sur la nécessité de conduire une telle réforme, portent aussi leur part de responsabilité. Les États voisins doivent également être invités à s'impliquer dans la recherche de solutions durables au problème que pose la présence de groupes armés étrangers dans l'est de la RDC.
Pour apporter une solution à long terme au conflit, la communauté internationale et le gouvernement de la RDC doivent :
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Prendre des mesures concrètes pour désarmer, démobiliser et réintégrer ou rapatrier les combattants des groupes armés notamment des enfants soldats.

Mettre un terme à la prolifération des armes .

Empêcher plus efficacement les violences sexuelles, promouvoir la participation des femmes dans les initiatives de paix et placer la protection des femmes au cœur de la mission de maintien de la paix de l’ONU.
ACTION CI-DESSOUS TERMINÉE
AGISSEZ!!!

S’attaquer au problème de l’impunité, en réformant la justice et en mettant en place un appareil judiciaire de transition, chargé de s'occuper des atteintes aux droits humains graves perpétrées depuis 1993 au moins.

Mettre en place un système d'exploitation des richesses naturelles de la RDC qui soit transparent et dont les acteurs soient tenus de rendre des comptes.

Veiller à une véritable réconciliation des communautés divisées, notamment en apportant une réponse aux litiges portant sur la propriété foncière et en faisant en sorte que les réfugiés tutsis congolais puissent rentrer chez eux.

Veiller à ce que soit menée une réforme réelle de l'armée et de la police nationale, notamment en excluant des forces de sécurité toute personne soupçonnée d’avoir commis des atteintes aux droits humains, pour que ces deux corps soient à même de protéger la population civile, tous groupes ethniques confondus, de manière professionnelle et dans le plein respect des droits fondamentaux de la personne.
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DOCUMENTATION //////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
2 décembre 2008
En République démocratique du Congo il faut des actes, pas des paroles.
29 septembre 2008
Nord Kivu. Une guerre sans fin pour les femmes et les enfants.
Plusieurs mois après la conclusion d'un accord de paix visant à mettre un terme au conflit dans la province du Nord-Kivu, des civils continuent d'être enlevés, torturés, violés ou tués par des groupes armés et des soldats des forces gouvernementales. Amnistie internationale a recueilli des éléments qui démontrent que des groupes armés continuent de commettre des crimes, notamment des homicides illégaux, des viols, des actes de torture et des recrutements d'enfants soldats. Des membres de l'armée ont également détenu en toute illégalité et maltraité des enfants, et des femmes, des filles et des fillettes qui se trouvent entre leurs mains subissent toujours des violences sexuelles. Amnistie internationale prie instamment le gouvernement de la RDC et les groupes armés de réitérer leur engagement de respecter les normes internationales relatives aux droits humains et au droit humanitaire.
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