Le 20 avril 2007, 105 familles de petits pêcheurs et de vendeurs et vendeuses de plage ont été expulsés par la force du village de Mittapheap 4 (également appelé Spean Ches, le pont qui brûle), aux abords de la ville côtière de Sihanoukville, et se sont retrouvés sans logement. Ce jour-là, quelques 150 membres des forces de sécurité, y compris des militaires, ont tiré en l’air et sur le sol pendant qu’ils démolissaient et brûlaient des maisons et frappaient les résident∙e∙s à coups de bâtons électriques. 18 villageois∙e∙s, 13 hommes et 5 femmes, et 2 policiers ont été blessés.
Suite à la violence, les 13 hommes blessés ont été arrêtés, tabassés et emmenés en prison pour être interrogés. Les détenus ont été jugés le 3-4 juillet 2007 pour leur rôle dans les violences durant lesquelles leurs maisons et la plupart de leurs possessions (y compris leurs filets de pêche et autres équipements) ont été détruites. Au cours du procès, la légalité de l’expulsion n’a pas été examinée et aucune tentative n’a été faite pour établir qui était responsable des violences et destructions. Neuf villageois ont été reconnus coupables malgré l’échec de l’accusation de produire des preuves des crimes dont ils étaient accusés. Après près d’une année en prison, ils ont finalement été libérés le 10 avril 2008.
En mars 2008, 90 des familles expulsées vivaient toujours dans des abris de fortune en bord de route, près de leur ancien village. Ils manquent d’eau potable, d’infrastructures sanitaires et luttent pour survivre suite à la perte de leur terre, sur laquelle ils faisaient pousser du riz et des légumes qui assuraient leur subsistance. Auparavant, les femmes s’occupaient des champs où elles emmenaient les enfants pendant que les hommes allaient travailler à l’extérieur. Maintenant, la plupart d’entre elles ne sont plus en mesure de subvenir aux besoins de la famille et doivent rester dans les abris pour s’occuper des enfants, souvent malades en raison des mauvaises conditions d’hygiène.
Des ONG fournissent aux familles une assistance humanitaire mais les villageois∙e∙s ont dit à Amnistie internationale qu’aucun∙e représentant∙e des autorités n’était venu∙e évaluer l’état de leur situation.
Le cas de Mittapheap 4 illustre un schéma d’expulsions forcées récurrent au Cambodge: les villageois∙e∙s n’ont pas su à quelle date ils/elles seraient expulsé∙e∙s et n’ont été impliqué∙e∙s dans aucun processus de consultation quant au sort de leur communauté. Ils n’ont pas eu l’opportunité de défier l’ordre d’expulsion, qui a été émis sans suivre aucune procédure légale. Suite à leur expulsion, aucun logement de substitution adéquat ne leur a été fourni.
Amnistie internationale demande instamment aux autorités cambodgiennes:
- de mettre en place un moratorium sur les expulsions forcées jusqu’à ce que des mesures soient mises en place qui garantissent que les expulsions menées sont nécessaires et menées dans le respect des standards du droit international.
- de permettre immédiatement aux villageois∙e∙s de retourner sur leurs terres et de leur garantir l’accès à des abris d’urgence en attendant la résolution de la dispute foncière, dans le respect des standards du droit international.
- suivant les graves violations de droits humains commises le 20 avril 2007, de garantir l’accès de la population à des recours efficaces, y compris à des réparations et compensations pour tous les biens détruits et abîmés au cours de l’expulsion.
- d’initier une enquête indépendante et impartiale dans les violences du 20 avril 2007, de rendre rapidement ses conclusions publiques et de mener les responsables devant la justice.
Le Canada est un pays donateur du Cambodge. « Depuis 1991, les contributions mettaient l’accent sur la gestion et l’administration des terres, le déminage, la consolidation de la paix, le développement de la société civile, le soutien aux élections et l’aide au gouvernement du Cambodge pour la mise sur pied d’institutions démocratiques. »
« Dans le cadre du plan de développement stratégique national du Cambodge, l’Agence canadienne de développement international (ACDI) s’emploie à améliorer la qualité de vie de tous les Cambodgiens en réduisant la pauvreté et l’inégalité. »
Voir la page Web de l’ACDI sur le Cambodge
À ce titre, le Canada doit donc s’assurer que les actions du Cambodge ne viennent pas contrecarrer les initiatives de l’ACDI dans les domaines de réduction de la pauvreté et des inégalités. Les expulsions forcées réduisent les populations affectées à la pauvreté en leur enlevant leurs moyens de subsistances et accentuent les inégalités au sein de la population. Dites à l’ACDI qu’elle doit s’assurer que ses principes sont également respectés par le Cambodge.
POUR EN SAVOIR PLUS
Autre cas d’éviction : le cas de Groupe 78
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