22 octobre 2008
Amnistie exige
d'autres mesures après la publication du rapport Iacobucci
Amnistie
internationale salue la publication, le 21 octobre 2008, du rapport de l'Enquête interne sur les actions des responsables
canadiens relativement à Abdullah Almalki, Ahmad Abou-Elmaati et Muayyed
Nureddin supervisée par l'ancien juge à la Cour suprême du
Canada, Frank Iacobucci.
Le rapport conclut
sans équivoque que MM. Almalki, Elmaati et Nureddin ont été torturés en Syrie, et
dans le cas de M. Elmaati, en Égypte aussi. En outre, le rapport décrit les
nombreux cas où les actions des responsables canadiens ont comporté des « lacunes » et contribué
aux graves violations des droits humains qu'ont subies les personnes
susmentionnées.
Notamment, le
rapport fait ressortir le constat très préoccupant que ces hommes ont été
étiquetés, à maintes reprises et de façon injustifiée, de menaces imminentes,
d'associés d'Osama Bin Laden, d'extrémistes islamiques et de terroristes. Le
commissaire Iacobucci conclut que ces étiquettes étaient incorrectes, dépourvues
de fondement et qu'elles constituaient des propos inappropriés et incendiaires.
Or, ces étiquettes injustes ont formé la pierre angulaire sur laquelle ont
reposé les violations des droits humains qu'ont subies ces trois hommes; elles
n'auraient jamais dû leur être apposées.
Il est impératif
maintenant que le gouvernement prenne rapidement des mesures fermes en réponse
à cette litanie de préoccupations en matière de droits humains répertoriées par
le commissaire Iacobucci. Plus particulièrement, Amnistie internationale demande
au premier ministre Harper d'agir sur quatre fronts :
-
Offrir une réparation. Ces trois
hommes et leurs familles méritent des excuses et un dédommagement.
-
Veiller à ce que les responsables
répondent de leurs actes. Les fonctionnaires qui sont responsables de
l'inconduite et des lacunes soulignées dans le rapport doivent répondre de
leurs actes.
-
Appliquer des réformes. Il est
temps de mettre en œuvre les réformes nécessaires pour régler les nombreux
problèmes cernés par le commissaire Iacobucci ainsi que les recommandations
antérieures de la Commission d'enquête sur l'affaire Maher Arar. Au nombre de
ces réformes figure la mise en place d'un nouveau modèle d'examen des activités
de sécurité nationale de la GRC, du SCRS et d'autres corps de sécurité. Nous
demandons que des rapports sur l'avancement de ces réformes soient rendus
publics régulièrement.
- Mener une campagne internationale contre
la torture. Le Canada doit devenir un joueur de premier plan à l'échelle
internationale au chapitre de la lutte cruciale visant à éradiquer la torture en
Syrie, en Égypte et partout dans le monde. Il doit faire preuve de leadership dans
cette lutte en s'assurant que le Canada ne sera jamais complice d'actes de torture.
Bien qu'elle salue le rapport,
Amnistie internationale a réitéré une préoccupation qu'elle a par ailleurs
fréquemment soulevée, à savoir que le processus d'enquête était
fondamentalement injuste et qu'il ne devait pas être utilisé à titre de modèle
pour de futurs cas de cette nature. Le mandat restrictif de cette commission
d'enquête, dont l'étroitesse a été confirmée par le commissaire dans ses
décisions, a fait en sorte que les trois hommes et les organismes qui avaient
reçu le statut d'intervenant n'ont pas pu participer de façon significative à
l'enquête.
Ce rapport
s'inscrit dans la foulée de la Commission d'enquête sur les actions des
responsables canadiens relativement à Maher Arar. Ensemble, ces deux
rapports dressent un portrait scandaleux du non-respect systématique des droits
humains de quatre citoyens canadiens de confession musulmane et d'antécédents
arabes qui ont été pris dans le piège de l'appareil de la lutte contre le terrorisme
instituée après le 11 septembre 2001.
Ces affaires
constituent un récit édifiant sur la façon dont les droits humains peuvent être
et ont été rapidement sacrifiés au nom de la sécurité et sur le coût
dévastateur, sur le plan humain, d'un tel sacrifice.
Amnistie
internationale a travaillé de concert avec ces trois hommes, Maher Arar et
leurs familles au cours des six dernières années, menant des campagnes pour
protéger leurs droits alors qu'ils étaient emprisonnés. Elle s'est associée à
leur lutte pour obtenir justice lorsqu'ils ont été relâchés et elle a participé
aux deux enquêtes. Aujourd'hui, l'organisation salue leur courage et leur
détermination remarquables.
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