15-03-2010
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Chine. Des milliers de sympathisants d’Amnistie internationale réclament la libération des militants de Tiananmen.

Des dizaines de milliers de sympathisants d'Amnistie internationale à travers le monde réclameront cette semaine aux autorités chinoises la libération des dizaines de personnes emprisonnées depuis les manifestations de Tiananmen, il y a dix-neuf ans.

À Montréal, la manifestation se tiendra au Métro Mont-Royal, mercredi 4 juin, de 12h à 19h.

 « La répression du mouvement de Tiananmen en juin 1989 a fait des centaines de morts ; des dizaines de manifestants dépérissent toujours dans les prisons chinoises où ils ont été incarcérés à l'issue de procès iniques, et de nombreux autres militants ont été incarcérés par la suite pour avoir évoqué ou remis en question l'action du gouvernement en 1989. Le gouvernement chinois n'a absolument aucune excuse pour maintenir ces personnes en détention », a déclaré Béatrice Vaugrante, directrice générale d'Amnistie internationale Canada francophone.

 De Londres à Tel-Aviv et Mexico, en passant par Montréal, des milliers de partisans d'Amnistie internationale déposeront des fleurs rouges et blanches en signe de solidarité avec les proches des personnes tuées ou arrêtées les 3 et 4 juin 1989. Ils observeront également une minute de silence pour les victimes du tremblement de terre du 12 mai dans la province chinoise du Sichuan, et pour exprimer aux survivants leurs condoléances et leur compassion.

 « Les autorités chinoises ont prouvé qu'elles étaient capables de réagir avec beaucoup d'efficacité face à une crise naturelle. Nous leur demandons instamment de faire de même lorsqu'il s'agit de droits fondamentaux tel que le droit d'exprimer pacifiquement ses opinions, a déclaré Béatrice Vaugrante.

 « La Chine a promis des améliorations en matière de droits humains avant les Jeux olympiques. Libérer les militants de Tiananmen, rendre justice aux proches des personnes tuées et autoriser le deuil public et la commémoration des victimes contribuerait grandement à la constitution d'un héritage positif des Jeux en matière de droits humains.

 « Le gouvernement chinois doit soutenir et protéger les familles de ceux qui sont morts lors de la répression de Tiananmen, au lieu de les harceler comme il le fait depuis des années. Il est temps que la Chine revienne sur cette tragédie et entame un processus de responsabilisation et de cicatrisation des blessures. »

 Complément d'information

Selon la Fondation Dui Hua basée aux États-Unis, entre 60 et 100 personnes seraient toujours derrière les barreaux pour des infractions commises pendant le mouvement de protestation. Leur nombre exact est inconnu, les autorités ne l'ayant pas rendu public.

 Les autorités chinoises ont libéré en 2006 plusieurs prisonniers qu'elles continuent de maintenir sous surveillance policière étroite, les empêchant de prendre part à des activités qualifiées de politiquement sensibles et de parler à des journalistes de ce qu'ils ont vécu.

 Les Mères de Tiananmen, groupe de militantes des droits humains dont les enfants ou des proches ont été tués au cours de la répression, continuent de demander aux autorités chinoises d'autoriser les familles de victimes à porter publiquement le deuil ; de mettre fin aux persécutions des victimes et de leurs familles ; de libérer toutes les personnes encore emprisonnées pour avoir pris part aux manifestations pacifiques ; d'ouvrir une enquête publique et approfondie sur les évènements de juin 1989. Ces femmes font l'objet d'actes de harcèlement, de discrimination et de détentions arbitraires de la part des autorités gouvernementales.

Études de cas

Parmi les personnes toujours emprisonnées en raison de leur participation aux manifestations de Tiananmen en 1989 ou, pour quelques-unes d'entre elles, en raison de leur soutien aux revendications des manifestants des années plus tard, citons :

 Miao Deshun, arrêté en juin 1989 et inculpé pour incendie volontaire. La condamnation à mort avec sursis initialement prononcée contre lui a été commuée en réclusion à perpétuité en 1991, puis à vingt années d'emprisonnement en 1998. Il est actuellement détenu à la prison de Yanqing dans la banlieue de Pékin et devrait être libéré le 15 septembre 2018.

 Liu Zhihua faisait partie d'un groupe d'ouvriers à l'initiative d'un mouvement de grève à l'usine de machines électriques de Xiangtan, dans la province du Hubei. La condamnation à perpétuité initialement prononcée contre lui pour avoir prononcé des discours anti-gouvernementaux et incité une foule à des « actes de violence, destruction et pillage » avait été réduite à quinze années d'emprisonnement en septembre 1993, avant d'être à nouveau augmentée de cinq années en 1997 après une bagarre. Sa condamnation ayant été réduite de deux années pour bonne conduite en 2001, il devrait sortir le 16 janvier 2011.

 Wang Jun avait dix-huit ans et travaillait comme ouvrier dans la province du Shaanxi à l'époque des manifestations de Tiananmen. Il a été condamné à mort avec sursis pour avoir lancé des pierres, cassé des réverbères et mis le feu à plusieurs véhicules lors des « troubles politiques graves » à l'usine de Xincheng dans la ville de Xian, le 22 avril 1989. Il est actuellement détenu à la prison de Fuping dans la province du Shaanxi. Après quatre réductions de peine, sa libération devrait intervenir le 11 décembre 2009.

 Amnistie internationale demande au gouvernement chinois d'accorder une amnistie à toutes les autres personnes incarcérées en lien avec les manifestations de 1989, compte tenu du temps qu'elles ont déjà passé en prison, du caractère sommaire et injuste de leur procès et de l'absence de prise en compte des appels répétés en faveur d'un nouveau jugement de ces personnes dans le respect des normes internationales.

 Les journalistes ayant donné des informations sur la répression des manifestations de 1989 et les militants qui soutiennent pacifiquement la commémoration de ces événements continuent d'être harcelés, interpellés et emprisonnés. Amnistie internationale considère qu'il s'agit de prisonniers d'opinion qui doivent être libérés immédiatement et sans condition. Parmi eux figurent  :

 Yang Tongyan (nom de plume : Yang Tianshui), écrivain freelance, qui purge une peine de douze années de privation de liberté dans la prison municipale de Nanjing, dans la province du Jiangsu, pour « subversion » en lien avec plusieurs chefs d'inculpation, notamment pour avoir soutenu dans ses écrits un changement politique et démocratique en Chine. Il avait déjà auparavant effectué dix années de prison pour avoir critiqué la répression du mouvement de 1989 en faveur de la démocratie et pour avoir tenté, selon l'accusation, de fonder un parti politique d'opposition. En 2007, il aurait été contraint de travailler à la fabrique de ballons de football et de basket-ball dans un environnement manifestement toxique pendant huit à dix heures par jour ; il aurait toutefois été transféré à un poste de bibliothécaire, moins dur physiquement, au sein de la prison à la fin 2007.

 Shi Tao, condamné à dix années d'emprisonnement pour avoir envoyé un courriel résumant un communiqué du Département central de propagande chinois concernant la façon dont les journalistes devaient traiter le quinzième anniversaire de la répression du mouvement de Tiananmen en faveur de la démocratie. À la fin du mois de juin 2007, il a été transféré à la prison de Deshan à Changde, dans la province du Hunan, où ses conditions de détention se seraient améliorées et où sa mère peut lui rendre visite régulièrement. La Cour populaire suprême aurait accepté une demande de révision de son dossier, mais il n'y a pas eu de nouvelle décision.

 Kong Youping, ancien militant syndical, a été condamné à quinze années d'emprisonnement en septembre 2004 pour avoir mis sur internet des articles et des poèmes appelant à une réévaluation par les autorités du mouvement pro-démocratique de 1989. il effectue sa peine dans la prison de Lingyuan, dans la province du Liaoning.

 

 
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