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Chine. Des milliers de sympathisants d’Amnistie internationale réclament la libération des militants de Tiananmen.
Des dizaines de milliers de sympathisants d'Amnistie internationale à travers
le monde réclameront cette semaine aux autorités chinoises la libération des
dizaines de personnes emprisonnées depuis les manifestations de Tiananmen, il y
a dix-neuf ans.
À Montréal, la manifestation se tiendra au Métro Mont-Royal,
mercredi 4 juin, de 12h à 19h.
« La répression du mouvement de Tiananmen en
juin 1989 a fait des centaines de morts ; des dizaines de manifestants
dépérissent toujours dans les prisons chinoises où ils ont été incarcérés à
l'issue de procès iniques, et de nombreux autres militants ont été incarcérés
par la suite pour avoir évoqué ou remis en question l'action du gouvernement en
1989. Le gouvernement chinois n'a absolument aucune excuse pour maintenir ces
personnes en détention », a déclaré Béatrice Vaugrante, directrice
générale d'Amnistie internationale Canada francophone.
De Londres à Tel-Aviv et Mexico, en passant par Montréal, des
milliers de partisans d'Amnistie internationale déposeront des fleurs rouges et
blanches en signe de solidarité avec les proches des personnes tuées ou
arrêtées les 3 et 4 juin 1989. Ils observeront également une minute
de silence pour les victimes du tremblement de terre du 12 mai dans la
province chinoise du Sichuan, et pour exprimer aux survivants leurs condoléances
et leur compassion.
« Les autorités chinoises ont prouvé qu'elles étaient
capables de réagir avec beaucoup d'efficacité face à une crise naturelle. Nous
leur demandons instamment de faire de même lorsqu'il s'agit de droits
fondamentaux tel que le droit d'exprimer pacifiquement ses opinions, a déclaré Béatrice
Vaugrante.
« La Chine a promis des améliorations en matière de
droits humains avant les Jeux olympiques. Libérer les militants de Tiananmen,
rendre justice aux proches des personnes tuées et autoriser le deuil public et
la commémoration des victimes contribuerait grandement à la constitution d'un
héritage positif des Jeux en matière de droits humains.
« Le gouvernement chinois doit soutenir et protéger les
familles de ceux qui sont morts lors de la répression de Tiananmen, au lieu de
les harceler comme il le fait depuis des années. Il est temps que la Chine
revienne sur cette tragédie et entame un processus de responsabilisation et de
cicatrisation des blessures. »
Complément d'information
Selon la Fondation Dui Hua
basée aux États-Unis, entre 60 et 100 personnes seraient toujours derrière
les barreaux pour des infractions commises pendant le mouvement de protestation.
Leur nombre exact est inconnu, les autorités ne l'ayant pas rendu public.
Les autorités chinoises ont libéré en 2006 plusieurs
prisonniers qu'elles continuent de maintenir sous surveillance policière
étroite, les empêchant de prendre part à des activités qualifiées de
politiquement sensibles et de parler à des journalistes de ce qu'ils ont vécu.
Les Mères de Tiananmen, groupe de militantes des
droits humains dont les enfants ou des proches ont été tués au cours de la
répression, continuent de demander aux autorités chinoises d'autoriser les familles
de victimes à porter publiquement le deuil ; de mettre fin aux
persécutions des victimes et de leurs familles ; de libérer toutes les
personnes encore emprisonnées pour avoir pris part aux manifestations
pacifiques ; d'ouvrir une enquête publique et approfondie sur les
évènements de juin 1989. Ces femmes font l'objet d'actes de harcèlement,
de discrimination et de détentions arbitraires de la part des autorités
gouvernementales.
Études de cas
Parmi les personnes toujours emprisonnées en raison de leur
participation aux manifestations de Tiananmen en 1989 ou, pour
quelques-unes d'entre elles, en raison de leur soutien aux revendications des
manifestants des années plus tard, citons :
Miao Deshun, arrêté en juin 1989 et inculpé pour
incendie volontaire. La condamnation à mort avec sursis initialement prononcée
contre lui a été commuée en réclusion à perpétuité en 1991, puis à vingt
années d'emprisonnement en 1998. Il est actuellement détenu à la prison de
Yanqing dans la banlieue de Pékin et devrait être libéré le
15 septembre 2018.
Liu Zhihua faisait partie d'un groupe d'ouvriers à
l'initiative d'un mouvement de grève à l'usine de machines électriques de
Xiangtan, dans la province du Hubei. La condamnation à perpétuité initialement
prononcée contre lui pour avoir prononcé des discours anti-gouvernementaux et
incité une foule à des « actes de
violence, destruction et pillage » avait été réduite à quinze années
d'emprisonnement en septembre 1993, avant d'être à nouveau augmentée de
cinq années en 1997 après une bagarre. Sa condamnation ayant été réduite
de deux années pour bonne conduite en 2001, il devrait sortir le
16 janvier 2011.
Wang Jun avait dix-huit ans et travaillait comme
ouvrier dans la province du Shaanxi à l'époque des manifestations de Tiananmen.
Il a été condamné à mort avec sursis pour avoir lancé des pierres, cassé des
réverbères et mis le feu à plusieurs véhicules lors des « troubles politiques graves » à l'usine de Xincheng dans
la ville de Xian, le 22 avril 1989. Il est actuellement détenu à la
prison de Fuping dans la province du Shaanxi. Après quatre réductions de peine,
sa libération devrait intervenir le 11 décembre 2009.
Amnistie internationale demande au gouvernement chinois d'accorder
une amnistie à toutes les autres personnes incarcérées en lien avec les
manifestations de 1989, compte tenu du temps qu'elles ont déjà passé en prison,
du caractère sommaire et injuste de leur procès et de l'absence de prise en
compte des appels répétés en faveur d'un nouveau jugement de ces personnes dans
le respect des normes internationales.
Les journalistes ayant donné des informations sur la
répression des manifestations de 1989 et les militants qui soutiennent
pacifiquement la commémoration de ces événements continuent d'être harcelés,
interpellés et emprisonnés. Amnistie internationale considère qu'il s'agit de
prisonniers d'opinion qui doivent être libérés immédiatement et sans condition.
Parmi eux figurent :
Yang Tongyan (nom de plume : Yang Tianshui),
écrivain freelance, qui purge une peine de douze années de privation de liberté
dans la prison municipale de Nanjing, dans la province du Jiangsu, pour « subversion » en lien avec
plusieurs chefs d'inculpation, notamment pour avoir soutenu dans ses écrits un
changement politique et démocratique en Chine. Il avait déjà auparavant effectué
dix années de prison pour avoir critiqué la répression du mouvement
de 1989 en faveur de la démocratie et pour avoir tenté, selon
l'accusation, de fonder un parti politique d'opposition. En 2007, il
aurait été contraint de travailler à la fabrique de ballons de football et de
basket-ball dans un environnement manifestement toxique pendant huit à dix
heures par jour ; il aurait toutefois été transféré à un poste de
bibliothécaire, moins dur physiquement, au sein de la prison à la
fin 2007.
Shi Tao, condamné à dix années d'emprisonnement pour
avoir envoyé un courriel résumant un communiqué du Département central de
propagande chinois concernant la façon dont les journalistes devaient traiter
le quinzième anniversaire de la répression du mouvement de Tiananmen en faveur
de la démocratie. À la fin du mois de juin 2007, il a été transféré à la
prison de Deshan à Changde, dans la province du Hunan, où ses conditions de
détention se seraient améliorées et où sa mère peut lui rendre visite
régulièrement. La Cour populaire suprême aurait accepté une demande de révision
de son dossier, mais il n'y a pas eu de nouvelle décision.
Kong Youping, ancien militant syndical, a été
condamné à quinze années d'emprisonnement en septembre 2004 pour avoir mis
sur internet des articles et des poèmes appelant à une réévaluation par les
autorités du mouvement pro-démocratique de 1989. il effectue sa peine dans
la prison de Lingyuan, dans la province du Liaoning.
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