Chine : Les droits de l’homme sont en jeuX. Des alternatives au boycottage
Lancement de la campagne d’Amnistie internationale
22 avril 2008
« Les médias disposeront d'une liberté d'information
totale quand ils viendront en Chine.
[...] Nous sommes convaincus que la venue
des Jeux en Chine va non seulement favoriser notre économie, mais aussi
améliorer la situation sociale dans son ensemble, notamment dans les domaines
de l'éducation, de la santé et des droits humains. »
Wang Wei, secrétaire général
du Comité de candidature de Pékin aux Jeux olympiques, selon le China Daily, juillet 2001
Montréal, mardi 22 avril 2008 - « Amnistie ne pense pas qu'un boycottage des Jeux soit,
actuellement, un moyen efficace d'inciter la Chine à remplir les engagements
qu'elle avait pris lors de l'octroi des jeux Olympiques, annonce Béatrice Vaugrante, directrice générale d'Amnistie
internationale Canada francophone. Par contre, ne rien dire ou ne rien faire est
tout simplement inacceptable. Nous offrons à ceux qui iront à Beijing, comme à
ceux qui veulent agir d'ici des propositions concrètes et des outils
simples : un jeu vidéo, un guide du sportif lucide, des cartes postales,
des pétitions, des olympiades des droits humains... »
« Nous avons des objectifs précis et atteignables d'ici
l'ouverture des Jeux olympiques cet été, précise-t-elle. L'annonce par les
autorités d'une diminution significative du nombre de condamnations à mort et
d'exécutions en 2007 grâce à la réintroduction du contrôle des condamnations
par la Cour populaire suprême, démontre que les pressions internationales
peuvent porter fruit et que si ces pressions sont constantes et ciblées, la
Chine est en mesure de respecter ses engagements. »
Amnistie internationale recueille depuis de
nombreuses années des informations sur les graves atteintes aux droits humains
en Chine, ainsi que sur les violations liées à l'organisation même des Jeux
olympiques. Figurent au nombre de celles-ci : les expulsions forcées et
les arrestations de ceux qui protestent contre ces dernières, les manœuvres de
harcèlement, les mauvais traitements et les arrestations dont font l'objet les
défenseurs des droits humains que les autorités souhaitent réduire au silence
avant que les Jeux ne commencent.
Les règles concernant les journalistes étrangers ne
constituent qu'un arrangement temporaire et ne s'appliquent pas aux
journalistes chinois. Au contraire, le contrôle exercé sur les médias nationaux
et Internet s'est accru.
Le peuple tibétain n'est
pas le seul à subir de la
répression. Le 9 mars 2008, les autorités chinoises ont
affirmé avoir déjoué un complot « terroriste » visant les Jeux olympiques, dans
lequel auraient été impliquées les « trois forces du mal » que sont « les
séparatistes, les terroristes et les extrémistes religieux » de la région
autonome ouïghoure du Xinjiang. Aucun élément de preuve concret n'a été fourni
à l'appui de ces déclarations.
« À quelque mois de l'ouverture des Jeux olympiques, le CIO et les
dirigeants du monde entier doivent s'exprimer avec fermeté : ne pas manifester
leur préoccupation et ne pas exiger publiquement de changement équivaut à une
approbation tacite des violations des droits humains perpétrées par les
autorités chinoises en préparation des Jeux olympiques. » estime Béatrice
Vaugrante.
Amnistie internationale invite les sportifs, les médias, les élus et la
population en général à se joindre à elle pour appeler les autorités chinoises
à :
- mettre fin aux arrestations arbitraires, aux actes d'intimidation et
au harcèlement des militants ;
- mettre fin aux détentions administratives punitives ;
- autoriser les journalistes à réaliser librement des reportages dans
toute la Chine ;
- libérer tous les prisonniers d'opinion ;
- réduire le nombre d'infractions passibles de la peine capitale en vue
de l'abolition de ce châtiment.
Boycotter,
non. Agir, oui !
« Aider les démocrates qui se
battent en Chine, oui. Se poser en donneurs de leçons, non. » Rima Elkouri, La Presse, le
9 avril 2008.
Il reste peu de temps pour améliorer la situation
des droits humains en Chine, c'est pourquoi Amnistie internationale se
concentre sur quatre enjeux. D'une part, parce que des demandes précises
peuvent être suivies rapidement par des actions positives, et d'autre part
parce qu'Amnistie va continuer à agir pour l'amélioration des droits humains en
Chine, bien après les Jeux de Beijing.
Ainsi, Amnistie internationale appelle les
autorités chinoises à mettre immédiatement un terme aux mesures répressives
contre les défenseurs chinois des droits humains à Beijing et dans d'autres
régions de Chine, et à libérer immédiatement de prison journalistes et
défenseurs des droits humains qui n'ont fait qu'exercer leur droit à la liberté
d'expression.
Par solidarité avec Ye Guozhu, Gao Zhisheng, Chen Guangcheng, Yang
Chunlin, Hu Jia... de courageux défenseurs des droits humains chinois
emprisonnés, harcelés ou torturés, nous allons envoyer des messages d'espoir
aux autorités chinoises. Signées par des milliers de militantes et militants,
des bannières représentant les quatre thèmes de la campagne et remplies de
messages d'espoir seront déployées début juin et remises aux autorités.
Le grand public
pourra envoyer des cartes postales pour que cesse le harcèlement
dont sont victimes les Mères de la place Tiananmen.
Sportifs, journalistes ou
citoyens peuvent demander la libération de Shi Tao, journaliste du quotidien
Dangdai Shang Bao (Les Nouvelles du commerce contemporain), condamné à dix ans
de prison le 30 avril 2005. Il a été reconnu coupable de "divulgation
illégale de secrets d'Etat à l'étranger", pour avoir envoyé un document
officiel sur le massacre de la place Tiananmen de juin 1989 à un responsable
d'un site Internet dissident basé à l'étranger.
Ou encore, se procurer le
« Guide du sportif lucide », un guide de voyage pour les
athlètes et les autres voyageurs, qui combine des informations pratiques et des
appels à l'action en lien avec nos préoccupations concernant les droits humains
en Chine.
Ailleurs dans le monde, en France, en Belgique, en Inde, des athlètes
ont exprimé publiquement leur indignation devant le peu de progrès accompli par
la Chine en matière de droits humains. En Norvège, par exemple, des sportifs
participent à une campagne d'Amnistie dans les médias. Ils ont accepté de
figurer sur des montages photographiques aux côtés de quatre militants chinois
des droits humains actuellement emprisonnés.
Une campagne destinée aux
groupes de jeunes
Forte de ses près de 300 groupes en milieu scolaire, Amnistie
internationale Canada francophone a élaboré du matériel de campagne spécifique
à leur intention. Déjà, une trentaine d'écoles au Québec ont confirmé leur
participation à des Olympiades pour les droits humains, une série de cinq
épreuves sportives pimentées de sanctions diverses comme des arrestations
arbitraires, des simulacres de mauvais traitements, etc.
Dazibao, t-shirt, macarons arborent le symbole
« loser » qui rappelle nos craintes de voir les droits humains encore
perdants.
Le dazibao, une affiche recto-verso, propose aux jeunes des informations
sur la situation et diverses actions de sensibilisation sur les violations des
droits humains en Chine.
Et grâce à la mobilisation et au dévouement d'un groupe de créateurs de
jeux électroniques, le site web
de la campagne permettra aux jeunes de télécharger gratuitement un jeu vidéo sur
les droits humains en Chine. Florent Guinier est à l'origine du projet. Pour
réaliser Des images pour la vérité,
il est allé chercher la complicité de plusieurs
autres concepteurs.
« Enfin, conclut Béatrice Vaugrante,
tous sont invités à fréquenter les pages consacrées à la campagne sur notre
site Web www.amnistie.ca/beijing2008
pour s'informer et pour agir, et, souhaitons-le, pour y apprendre, au fur et à mesure qu'on approche des jeux,
que la Chine a commencé à remplir ses promesses. »
À vous de jouer !
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