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Les détenus en Afghanistan |
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LES DÉTENUS EN AFGHANISTAN
NE DOIVENT PAS COURIR LE RISQUE D'ÊTRE TORTURÉS, DISENT LES GROUPES DE
PROTECTION DES DROITS DE L'HOMME DANS UN APPEL POUR UNE RÉVISION DE LA
JUSTICE
Le transfert par les Forces canadiennes d’individus capturés ou détenus
en Afghanistan ne doit pas déboucher sur la possibilité qu’ils soient
torturés, disent Amnistie internationale et l’Association des libertés
civiles de la Colombie-Britannique. Une demande pour une révision
judiciaire des actions des Forces canadiennes concernant les transferts
a été déposée aujourd’hui par les deux organisations en vertu de
l’accord de transfert de prisonniers signé le 18 décembre 2005 entre le
Canada et l'Afghanistan.
“Les Forces canadiennes qui gèrent les prisonniers en Afghanistan
opèrent sous la Charte canadienne des droits et des libertés et sont
liés par les obligations internationales du Canada concernant les
droits humains”, déclare Alex Neve, Secrétaire général d’Amnistie
internationale section canadienne anglophone. “Tout le monde a le droit
à la vie, à la liberté et à la sécurité de sa personne d’après la
Charte et la loi internationale. Les individus détenus par les Forces
canadiennes ne doivent pas risquer la torture après avoir été
transférés.”
L’accord de transfert de prisonniers entre le Canada et l'Afghanistan
ne fournit pas de garantie adéquate pour s’assurer que les détenus ne
seront pas torturés par les Forces afghanes. Les officiels canadiens
n’ont pas reçu le droit de faire le suivi des prisonniers après leur
transfert.
Et bien que l’accord anticipe le fait que les prisonniers d’abord
détenus par le Canada peuvent être ensuite confiés à la garde d’un pays
tiers, il ne garantit pas qu’ils ne seront pas soumis à la torture ou
même exécutés. La précédente pratique des Forces canadiennes consistait
à transférer directement les prisonniers aux Forces américaines et a
débouché sur de sérieuses violations des droits humains en Afghanistan
et à Guantanamo. La possibilité évidente que d’autres prisonniers
soient transférés sous responsabilité américaine demeure sous le
présent accord.
Il y a de forts indices qui portent à croire que les Forces afghanes
torturent les prisonniers. La pratique systématique et répandue de la
torture en Afghanistan a été bien documentée par des organisations
internationales surveillant les questions des droits humains. Amnistie
internationale a depuis de nombreuses années exprimé ses préoccupations
en ce qui concerne la torture et les mauvais traitements par les Forces
de sécurité afghanes, y compris la Direction nationale de la sécurité
(DNS), qui avec la Police nationale afghane (PNA) a accepté les
prisonniers transférés par les Forces canadiennes. Le DNS bénéficie
d’une réelle impunité, à cause d’un système judiciaire médiocre, du
manque de formation adéquate, et du haut niveau de corruption du pays.
Des préoccupations similaires ont été notées par la Commission
indépendante des droits de l'homme en Afghanistan (AIHRC). Le rapport
annuel de l’AIHRC pour 2006 signale l’absence de primauté du droit, une
culture d’impunité et d’abus de pouvoir par des responsables du
gouvernement, un système judiciaire fragile, un lent progrès en ce qui
concerne les affaires légales et un manque de réformes dans les
systèmes judiciaire et social. Ils notent aussi que “en outre, de la
torture sur les prisonniers détenus pour être interrogés ou emprisonnés
avait eu lieu dans l’année écoulée, bien que les cas de torture soient
en déclin.”
“L’application de la loi en Afghanistan est inexistante et avec le
transfert des prisonniers aux autorités afghanes, les Forces
canadiennes deviennent complices d’un processus qui peut aboutir à de
la torture,” selon Shirley Heafey, une membre du conseil de
l’Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique
(BCCLA).
“La torture est un affront à l’engagement du Canada en faveur de la
dignité et de l’autonomie de tous les individus – un engagement qui est
le fondement de notre démocratie constitutionnelle”, a affirmé Jason
Gratl, Président du BCCLA.
Le commandant des Forces canadiennes de la Défense, le Général Hillier
a également refusé l’accès de ces prisonniers à un conseil juridique
avant leur transfert aux autorités afghanes. Amnistie internationale et
l’Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique déclarent
que ceci aussi est contraire au droit des individus détenus par les
Forces canadiennes à retenir les services et à instruire un avocat
sans délai sous la section 10(b) de la Charte canadienne des droits et
des libertés.
Les sections de la Charte canadienne des droits et des libertés
s’appliquent aux opérations des Forces canadiennes en Afghanistan. Il y
a un cadre légal au Canada pour ces transferts et les obligations
internationales du Canada interdisent de transférer des prisonniers aux
autorités d’États qui pourraient les torturer. Le Canada est signataire
de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements
cruels, inhumains ou dégradants. L’article 3 établit que “aucun État ne
doit chasser, refouler ou extrader une personne vers un autre État où
il existe un doute raisonnable qu’elle soit en danger d’être soumise à
de la torture.” Il y a des dispositions similaires dans le Pacte
international relatif aux droits civils et politiques, et dans
l’article 3 commun aux Conventions de Genève qui obligent le Canada à
protéger les individus de la torture et d’autres traitements cruels,
dégradants ou inhumains.
Le ministre de la Défense nationale et le commandant des Forces de la
Défense nationale sont responsables d’après la Loi sur la Défense
nationale de la gestion, de la direction et du contrôle des Forces
canadiennes, du respect de la Charte canadienne des droits et des
libertés et du respect des obligations internationales du Canada pour
prévenir la torture, disent Amnistie internationale Canada et
l’Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique.
La demande pour une révision judiciaire devant une Cour Fédérale
demande une déclaration à l’effet que l’accord de transfert de
prisonniers entre le Canada et l'Afghanistan va à l’encontre de la
section 7 de la Charte canadienne des droits et des libertés parce
qu’elle ne protège pas adéquatement les prisonniers de la possibilité
d’être torturé par les autorités afghanes ou un pays tiers. Les droits
des prisonniers à “la vie, la liberté et à la sécurité de la personne”
sous la Section 7 ne sont pas respectés.
Amnistie internationale et l’Association des libertés civiles de la
Colombie-Britannique demandent une assignation d’interdiction qui
empêche les Forces canadiennes en Afghanistan de transférer des
prisonniers aux autorités afghanes ou à quelque autre pays qui pourrait
les torturer, y compris les États-Unis. Et il devrait y avoir une
déclaration que les Forces canadiennes ne peuvent pas détenir,
interroger, transférer ou s’occuper d’un prisonnier sauf en étant en
conformité avec le droit de la Charte canadienne des droits et des
libertés “à retenir sans délai les services d’un avocat et à être
informé de ce droit”.
“Les soldats canadiens ne doivent jamais prendre part à un processus
qui puisse conduire à la torture”, déclare Neve. “L’accord sur les
prisonniers devrait refléter nos valeurs nationales et correspondre à
nos engagements internationaux et ne devrait pas ouvrir la voie à de
possibles futures violations des droits humains.”
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