17-03-2010
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Le racisme Version imprimable Suggérer par mail

LE RACISME RESTE UNE PRÉOCCUPATION MAJEURE ET PRESSANTE DANS LE DOMAINE DES DROITS DE LA PERSONNE AU CANADA, AFFIRME AMNISTIE INTERNATIONALE DANS UN COMMUNIQUÉ AU COMITÉ DE L’ONU
(19 février 2007)


Il est temps de démontrer que l’engagement du Canada à mettre un terme à la discrimination raciale est aussi important que tout autre préoccupation liée aux droits de la personne, a affirmé Amnistie internationale,  elle  adressait cette semaine un mémoire au Comité des Nations Unies à Genève qui évaluait la conformité du Canada à la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Le mémoire d’Amnistie internationale présente une mise à jour des enjeux critiques soulevés par l’organisme lors de la dernière évaluation du Canada en 2002.
   
« Les enjeux majeurs relatifs aux peuples autochtones, aux réfugiés et aux migrants ainsi que le profilage racial dans le contexte des lois antiterroristes doivent être traités », note Alex Neve, secrétaire général d’Amnistie internationale Canada. « Au fil des ans, des mesures ont été prises pour respecter les droits des diverses communautés vivant au Canada, mais la discrimination raciale dans ces domaines et bien d’autres demeure une grave préoccupation et doit être
éliminée. »
   
Afin de démontrer une totale conformité avec la Convention, le Canada devrait déclarer le droit des individus de faire des demandes directement au Comité de l’ONU en cas de non respect comme c’est le cas pour d’autres conventions. Il ne devrait y avoir aucune exception. « Mettre un terme à la discrimination raciale est aussi sérieux que toute autre préoccupation relative aux droits humains », note Amnistie internationale.

Les peuples autochtones
Dans le domaine des droits des peuples autochtones, la nécessité de traiter la discrimination et la violence auxquelles font face les femmes autochtones est évidente. Stolen Sisters, le rapport d’Amnistie internationale paru en 2004, présente une statistique publiée par le gouvernement en 1996 qui indique que les femmes autochtones âgées de 25 à 44 ans courent cinq fois plus de risque de mourir suite à des actes de violence que toutes autres femmes appartenant à la même tranche d’âge. De nouvelles données sur les crimes violents perpétrés contre les femmes autochtones doivent être recueillies et rendues publiques. En collaboration avec l’Association des femmes autochtones du Canada, Amnistie internationale a demandé un plan d’action national complet pour enrayer cette violence. Les besoins des femmes autochtones, à l’intérieur et à l’extérieur des réserves, doivent être satisfaits à l’aide d’un financement à long terme et durable attribué aux services de santé et aux services sociaux. De plus, il existe une disparité importante en matière de financement des services à l'enfance et à la famille destinés aux peuples autochtones; les ressources étaient inférieures de 22 pour cent à celles accordées aux autres individus en 2000. « Cet écart déplorable doit disparaître », affirme Alex Neve.
   
En 2002, le Comité de l’ONU a relevé les lacunes du gouvernement du Canada à mettre en œuvre les recommandations de la Commission royale sur les peuples autochtones de 1996. Dans sa communication au Comité de l’ONU, Amnistie internationale appelle le gouvernement du Canada à élaborer un plan d’action afin d’appliquer ces recommandations. La Commission a noté que des mesures doivent être prises afin de sécuriser l’accès au territoire et aux ressources naturelles. Pourtant, peu de progrès ont été faits pour résoudre les nombreuses querelles relatives au territoire et aux ressources des peuples autochtones au Canada. Selon Amnistie internationale, la résolution en temps opportun des conflits territoriaux est essentielle afin de veiller à ce que la réalisation des droits des peuples autochtones soit exempte de racisme et de discrimination.
            
Les titres ou l’utilisation du territoire ne doivent pas être accordés à des tierces parties sans la consultation et le consentement préalables des peuples autochtones. De plus, le mémoire d’Amnistie internationale précise que les droits inhérents et constitutionnels des peuples autochtones sont inaliénables et ne peuvent être abandonnés ou cédés.

Les réfugiés et les migrants
Bien que le Canada possède une longue histoire de générosité dans l’accueil des réfugiés et des migrants, il y a des domaines où, comme l’a noté précédemment le Comité de l’ONU, une attention doit être accordée aux effets potentiellement discriminatoires des politiques canadiennes.
   
La procédure des certificats de sécurité d’immigration, utilisée pour les individus qui posent une menace à la sécurité nationale, s’applique seulement aux non-citoyens. Ces individus font face à une détention obligatoire en cas d’arrestation s’ils ne sont pas résidents permanents et sont traités d’une manière qui ne respecte pas les normes internationales en matière de procès équitable; ils peuvent être déportés vers des pays où ils courent un grave risque de torture. « Cette procédure doit être réformée pour répondre aux normes internationales en matière de procès équitable, » affirme André Paradis, directeur par intérim d’Amnistie internationale, section francophone.
   
Amnistie internationale qualifie également de discriminatoire l’absence d’un processus d’appel complet sur le bien-fondé des cas de demandeurs du statut de réfugié à qui ce statut est refusé, en dépit de l’ajout de la disposition dans la Loi sur l'immigration et la protection des réfugiés de 2001.
   
De plus, les migrants sont confrontés à de nombreuses pratiques discriminatoires, notamment des niveaux variables d’aide sociale d’un bout à l’autre du pays, l’absence de protection en vertu des lois du travail pour les travailleurs agricoles, et la vulnérabilité des aides familiales résidantes face à l’exploitation et aux mauvais traitements. « Le fait de traiter différemment les individus en raison de leur statut d’immigrant ou de citoyen au Canada doit être examiné et le Canada doit ratifier la Convention des Nations Unies sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille », affirme Amnistie internationale.

Le profilage racial dans le contexte des lois antiterroristes
D’après Amnistie internationale, les inquiétudes soulevées en 2002 par le Comité de l’ONU relatives aux conséquences potentiellement négatives de la loi antiterroriste sur les groupes ethniques, les migrants, les demandeurs d’asile et les réfugiés, particulièrement celles entraînées par le profilage racial, sont toujours d’actualité. Le cas de Maher Arar, un citoyen canadien musulman d’origine syrienne qui a été détenu aux États-Unis et extradé vers la Syrie où il a été emprisonné sans accusation ni procès et où il a subi de graves tortures, a souligné la gravité de ces préoccupations. Les rapports établis par l’enquête publique d’une durée de deux ans et demi sur le cas Arar, dirigée par le juge Dennis O’Connor, ont mis en évidence le fait que « le profilage basé sur la race, la religion ou l’ethnicité est l’antithèse d’un maintien de l’ordre ou d’un travail de renseignement de sécurité bien effectués. » Dans ses recommandations, monsieur O’Connor affirme que « les enquêtes ne doivent pas être basées sur le profilage racial ou ethnique », et toutes les personnes impliquées dans les enquêtes antiterroristes devraient recevoir une formation accrue sur le profilage racial, religieux et ethnique comprenant une plus grande interaction avec les communautés musulmanes et arabes du Canada. Le profilage, toutefois, est un enjeu qui n’est pas seulement lié à Maher Arar. Trois autres cas – tous des hommes musulmans d’origine arabe – font l’objet d’une enquête annoncée en décembre 2006. Afin de traiter ces enjeux de profilage racial, Amnistie internationale exerce des pression sur le gouvernement du Canada afin qu’il mette en œuvre rapidement les recommandations formulées dans l’enquête Arar.
   
Amnistie internationale demande également au gouvernement du Canada d’éliminer la possibilité de profilage racial, religieux ou ethnique en retirant de la définition des activités terroristes, dans la Loi antiterroriste de 2001, la mention que les actes terroristes doivent être motivés par des raisons de nature religieuse, politique ou idéologique. Le communiqué d’Amnistie internationale indique que sans motivation, les enquêteurs ne seront pas encouragés à cibler les individus en fonction de leur religion ou leurs tendances politiques, et inévitablement de leur race ou ethnicité.
   
« Les noms qui figureront sur une proposition de liste canadienne d’interdiction de vol doivent être répertoriés d’une manière non discriminatoire », affirme Amnistie internationale. L’enquête du cas Arar a souligné que, par le passé, la GRC et le SCRS ont contribué à cibler de façon arbitraire des individus, ce qui doit être évité à l’avenir. Il doit y avoir un processus d’appel ou de révision accessible et équitable. « Des mesures de protection doivent être mises en place pour veiller à ce que les listes d’interdiction de vol américaines ou étrangères appliquées aux vols en provenance ou à destination du Canada ne soient pas utilisées de manière discriminatoire », affirme Amnistie internationale.
   
« La discrimination basée sur la race contre les peuples autochtones, les réfugiés et les migrants et les victimes de la guerre contre la terreur ternit considérablement le dossier du Canada relatifs aux droits humains », affirme Alex Neve. « Le Canada doit traiter ces enjeux et veiller à ce que tous, sans exception, jouissent de leurs droits
fondamentaux. »


 

   
 
 

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